Un paquebot face à la Baie des Anges
Commandité par Jean-Jacques Mecatti, le Palais Mary est conçu par Kevork Arsenian à partir d’un permis daté 4 mars 1939 et achevé en 1941. La signature de l’ingénieur Giraud figure sur la façade. L’immeuble est ainsi contemporain des ultimes années de l’Art déco et pousse son esthétique vers un modernisme sobre et lumineux.
Baptisé en hommage au paquebot Queen Mary, l’édifice reprend les codes « navals » : angle vitré arrondi, balcons filants et garde-corps en fer rond évoquant un bastingage. La part de vitrage, très importante, « met en relation » l’intérieur et le paysage de mer : chaque baie ouvre sur un balcon courant.
Une façade monochrome
La composition en “touches de piano” étire le bâti en profondeur et éclaire une majorité de pièces par des courettes polygonales ; une manière d’obtenir une grande densité sans sacrifier l’ensoleillement. Les façades en béton gris très clair, à l’origine, étaient soulignées de ferronneries blanches – un parti monochrome rare scrupuleusement respecté lors du ravalement de 2013.
Côté Promenade, l’entrée monumentale conserve un vocabulaire Art déco : mosaïque au sol, grand panneau décoratif à motif de vaisseau dans le vestibule. Une seule entrée dessert trois cages d’escalier ; au dernier niveau, de profonds retraits ménagent de grandes terrasses. Dès 1941, certains 3-pièces sont transformés en 2-pièces afin de créer aussi des studios — un indice des ajustements de programme pendant la guerre.
Avec sa proue vitrée et ses balcons-rubans face à la mer, le Palais Mary synthétise l’itinéraire d’Arsenian : du raffinement Art déco au fonctionnalisme mesuré, en passant par l’obsession de la lumière, du confort et des circulations efficaces. Il prolonge la grande série niçoise (Colisée, Magenta, Gloria) dans un langage streamline.
Kevork Arsenian, un moderniste venu de Constantinople
Formé au Robert College d’Istanbul (alors Constantinople), Kevork Arsenian s’installe à Nice en 1920. Il y collabore d’abord étroitement avec son beau-frère Garabed Hovnanian au cœur de la vague Art déco qui transforme la ville dans l’entre-deux-guerres. Après 1935, Arsenian poursuit seul une œuvre de plus en plus moderne, ouverte aux apports du béton armé et des lignes « paquebot » qui annoncent l’international style sur la Riviera.
Il construira aussi plusieurs immeubles pour la famille Pastor à Monaco.
Œuvres emblématiques sur la Côte d’Azur
- Le Colisée (1930), angle rues Verdi/Auber : un des premiers grands ensembles niçois mêlant influence new-yorkaise et confort « moderne ». Œuvre Hovnanian & Arsenian.
- Palais Magenta (1929), place Magenta : programme Art déco signé Arsenian avec les frères Hovnanian (dates et signatures gravées aux piédroits).
- Gloria Mansions (1932-1934), 123-125 rue de France : l’immeuble-manifeste du duo Hovnanian/Arsenian, inspiré des « apartment-hotels » américains, avec un vitrail de Lassale d’après Mahokian.
- Immeuble « Le Mecatti » (1937), 25 promenade des Anglais : pour le promoteur Jean-Jacques Mecatti.
Label et protection
Le Palais Mary est labellisé « Architecture contemporaine remarquable » et bénéficie d’une protection au PLU.
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