Kevork Arsenian et Garabed Hovnanian, deux architectes d’origine arménienne, ont marqué de leur empreinte l’architecture niçoise des années 1920 et 1950. À travers leurs réalisations remarquables et leur engagement dans la construction de l’église arménienne Sainte-Marie à Nice, ils ont su allier innovation, esthétique et tradition.

En effet Kevork Arsenian et Garabed Hovnanian étant apatrides, ils ne peuvent exercer en tant qu’architectes et leurs permis de construire sont souvent déposés sous le nom des architectes Georges Delage ou Marcel Guilgot.

Origines et parcours

Garabed Hovnanian est né à Constantinople (Istanbul) dans une famille aisée. Il étudie l’ingénierie et l’architecture au Robert College de Constantinople, où il rencontre Kevork Arsenian, son futur associé et beau-frère. Leur formation solide et leur esprit créatif sont interrompus par les tragédies de la Première Guerre mondiale et le génocide arménien, qui les forcent à fuir.

Arrivés à Nice dans les années 1920, ils fondent une entreprise familiale de construction avec Hrant et Barouyr, les frères de Garabed Hovnanian. Ils deviennent rapidement des figures clés du développement architectural de la ville, s’appuyant sur des influences Art déco et des techniques modernes comme le béton armé.

Les œuvres de Kevork Arsenian et Garabed Hovnanian témoignent de l’influence américaine sur leur style, héritée de leur formation au Robert College. (college américain d’Istanbul) Leur utilisation audacieuse des matériaux et des techniques modernes a contribué à façonner le visage architectural de Nice, laissant un héritage durable dans le patrimoine bâti de la ville.

Réalisations architecturales à Nice

  1. Palais Magenta (1928)

Situé à proximité de l’avenue Jean Médecin, le Palais Magenta est l’une des premières réalisations marquantes du duo. L’immeuble résidentiel reflète l’élégance et la sobriété caractéristiques de l’Art déco, avec des lignes géométriques et des balcons ornés de motifs en fer forgé.

L’immeuble a été terminé en 1929 (date sur le piédroit gauche de l’entrée). Il est l’œuvre de Kevork Arsenian et des frères Hovnanian.  A part un appartement par étage plus vaste, les lots sont constitués de petites surfaces (avec alcôves constituant l’espace-nuit), caractéristiques de l’immeuble de “pied-à-terre”, courant durant cette décennie à Nice.

  1. Palais Mary (1941)

Le Palais Mary, situé au 53 promenade des Anglais à Nice, est un édifice emblématique de l’architecture du XXᵉ siècle. Construit entre 1939 et 1941, il est l’œuvre de l’architecte Kevork Arsenian, diplômé du Robert College (université américaine d’Istanbul), qui s’est installé à Nice en 1920.

Commandité par le producteur de films et hôtelier Jean-Jacques Mecatti, le bâtiment tire son nom de la reine Mary.

Son architecture s’inspire des paquebots transatlantiques, caractérisée par un angle arrondi en verre et des garde-corps en fer rond rappelant les rambardes de navires.

Cette conception novatrice établit une nouvelle relation entre l’intérieur et l’extérieur, avec des baies vitrées s’ouvrant sur des balcons filants sur toute la façade, offrant une vue imprenable sur la Méditerranée.

Le Palais Mary est un immeuble de sept étages, illustrant parfaitement le style architectural des années 1930.

Il a reçu le label “Architecture contemporaine remarquable”, reconnaissant sa valeur patrimoniale et son importance dans le paysage architectural niçois.

Aujourd’hui, le Palais Mary demeure un témoignage précieux de l’architecture moderniste du XXᵉ siècle à Nice, attirant l’attention des passionnés d’architecture et des visiteurs de la promenade des Anglais.

  1. Le Colisée (1930)

Cet immeuble imposant a été réalisé en 1930 par le duo Hovnanian et Arsenian.

Véritable icône de l’architecture niçoise, le Colisée, situé à l’angle de la rue Verdi et de la rue Auber, s’inspire des gratte-ciels new-yorkais. Son architecture verticale et ses équipements modernes pour l’époque, comme les vide-ordures et les ascenseurs, témoignent de leur avant-gardisme.

  1. Gloria Mansions (1932-1934)

Édifié entre 1932 et 1934 à l’angle de la rue de France et de la rue Henri Krohn, cet immeuble est considéré comme l’un des plus emblématiques de l’architecture Art déco à Nice. Ses façades en granito, ses courbes élégantes et ses balcons ouvragés reflètent une attention minutieuse aux détails. Commandé par le promoteur égyptien Nahapiet, il illustre l’utilisation innovante du béton armé, reflétant la quête artistique et personnelle de Hovnanian.

Gloria Mansions est aujourd’hui inscrit au titre des Monuments historiques.

Contribution à l’église arménienne Sainte-Marie de Nice

Outre leurs réalisations civiles, Arsenian et Hovnanian ont joué un rôle clé dans la construction de l’église arménienne Sainte-Marie, inaugurée en 1927. Située dans le quartier de la Madeleine, cette église est un symbole fort pour la communauté arménienne de Nice, qui cherchait à recréer un lieu de culte et de rassemblement après les drames de l’exil.

L’église Sainte-Marie combine des éléments traditionnels arméniens avec une architecture locale. Le duo a su marier leur sensibilité culturelle à leur expertise technique pour ériger un édifice sobre et spirituel, ancré dans le patrimoine niçois.

Réalisations à Monaco

L’un de ses projets phares à Monaco est Le Victoria, un immeuble résidentiel situé au 13 boulevard Princesse Charlotte. Il se distingue par son style Art déco et ses caractéristiques uniques, telles que les rotundas vitrées aux coins du bâtiment. Ces éléments reflètent la signature architecturale d’Arsenian, qui a marqué l’architecture monégasque de son empreinte.

S’inspirant du design des paquebots, ce bâtiment présente des coins arrondis en verre et des balustrades en fer forgé, créant une relation harmonieuse entre l’intérieur et l’extérieur.

Le Victoria est largement inspiré du Palais Mary que Arsenian a dessiné sur la promenade des Anglais.

 

 

Kevork Arsenian et Garabed Hovnanian ont contribué à transformer Nice, alliant innovation et élégance dans leurs réalisations. Leur travail reflète une quête d’excellence architecturale, enrichissant le patrimoine architectural et culturel de Nice.

Leur participation à la construction de l’église Sainte-Marie illustre leur engagement envers leur communauté et leur désir de préserver une identité culturelle dans un contexte d’exil.

Leur parcours, depuis les tumultes de l’Empire ottoman jusqu’à la Côte d’Azur, illustre la résilience et la créativité de ces architectes.